La Chapelle Rhénane - direction Benoît Haller

Conversation Sinfonia

Par Samuel Agard

Dans votre vie de chanteur et votre fonction de directeur musical de La Chapelle Rhénane, Benoît Haller, que signifie être un artiste au XXè siècle ?

Être artiste aujourd'hui, c'est à la fois futile et complètement nécessaire : les enjeux de notre monde moderne sont d'abord économiques, politiques, financiers ; ils sont très éloignés de la dimension humaine. Je pense que les artistes sont là pour créer un équilibre entre ces éléments qui se jouent à l'échelle de la planète, et l'émotion, la sensibilité, et la subtilité nécessaires à tout parcours personnel.

La Chapelle Rhénane se veut un vivier d'artistes, une sorte de grande famille où chacun occupe une place qu'il peut et doit assumer en confiance, une sorte de mini-monde où les relations humaines suffisent presque à faire émerger la musique juste.

Je "donne la direction" mais la plupart du temps je suis d'abord l'un des chanteurs : ça permet de responsabiliser mes collègues plutôt que de créer une relation de subordination. L'équilibre est parfois difficile à trouver, et faire vivre un ensemble sur ces bases n'est pas facile : je fuis la routine comme la peste, je tâche de maintenir une dynamique au sein des relations entre nous, une joie et une spontanéité mêlées de sueur et d'acharnement !

La Chapelle Rhénane - Direction Benoît Haller

© JP Rosenkranz

Vous interprétez de la musique baroque ou vous jouez sur instruments anciens. Comment vivez-vous votre relation à ce répertoire et quel est, à votre avis, son espace dans l'univers musical en général ?

Je ne suis pas à l'aise dans le courant "authenticiste" de l'interprétation de cette musique. Il se trouve que ceux qui jouent des instruments anciens se révèlent être généralement les plus flexibles de mes collègues, et c'est essentiellement pour cette raison que j'ai opté pour cette option.

Il faut dire que la conséquence sur le diapason est plutôt bénéfique pour les chanteurs, ce qui n'est pas négligeable : Bach en 415 est bien plus naturel qu'en 440, Schütz et Monteverdi profitent vocalement de l'utilisation d'un diapason 465, un demi-ton plus haut que le diapason moderne. C'est cette souplesse qui me plaît. En revanche, je ne suis pas lecteur de traités, et je préfère largement l'empirisme à la muséologie !

Quant à la place de la musique baroque dans l'univers musical en général, je m'interroge souvent sur l'engouement que connaît ce répertoire ; comme je le disais tout à l'heure, je crois que chacun ressent le besoin d'émotion pour faire pendent à la déshumanisation du monde moderne ; la musique baroque, plus sans doute que tout autre, exalte le sentiment humain, nous remet en contact avec notre inconscient et notre subconscient, nous donne la légitime sensation de vivre réellement.

Vous êtes cette année invité à vous produire au sein du Festival Musiques Baroques en Liberté. Comment imaginez-vous la relation entre les diffuseurs et les artistes ? Quel sera leur rôle à tous deux dans le futur ?

Les diffuseurs et les artistes ne doivent pas se laisser aller à une relation mercantile qui serait en opposition directe avec les idées que je viens de développer. Je vois notre relation comme un partenariat dont le but est de mettre la musique à la disposition du public le plus large possible. Le concert n'est d'ailleurs que l'un des moyens à notre disposition : j'ai pu ressentir à maintes reprises à quel point nos auditeurs aiment assister à des répétitions, des concerts expliqués, des enregistrements ; ils aiment comprendre le fonctionnement de notre travail, être associés à notre réflexion, saisir l'envers du décor, jeter un œil sur la machine tout comme on ouvre avec curiosité le capot d'une voiture pour en découvrir le moteur.

Je pense qu'il nous faudra être encore plus inventifs dans le futur, afin que le public soit plus impliqué dans l'élaboration d'un projet musical. Pourquoi abandonner l'inventivité au domaine économique ? Sur ce point-là, notre société de consommation fait des miracles ! Soyons novateurs, non pas pour vendre un produit, mais pour le plus grand profit de chacun !

Interpréter, en ce début de XXIè siècle, des œuvres du XVIè siècle, est-ce une provocation, un archaïsme ou une responsabilité ?

Oui, une provocation ! Un archaïsme certainement pas, une responsabilité probablement. Quoi de plus noble pour un musicien que de provoquer une réaction chez celui qui l'écoute ? Il y a un décalage évident entre ces musiques anciennes et notre monde moderne, et en même temps une connexion et un potentiel de ressourcement ; pas à la manière dont on regarde avec émotion et une certaine passivité un tableau de Van Eyck ou Grünewald : le musicien a ce privilège énorme de pouvoir s'approprier la musique le temps d'un concert. Il la modèle, la passe par son filtre hautement subjectif, et sitôt ce phénomène apparaît il disparaît aussi avec le vent. La musique ne vit que dans le moment, mais c'est un moment qu'on peut rendre très dense, très vivant, et ce sans complexe.

J'ai parfois l'impression que mes interprétations "tordent" la musique : on peut aller très loin dans la torsion, tout en évitant constamment la rupture. Au final, non, pas d'archaïsme, parce que cette démarche vise à transformer le phénomène sonore de la musique afin d'en préserver le sens : un message qui traverse les âges, qui s'adresse tout autant à l'homme du XXIè siècle qu'à celui du premier.

La Chapelle Rhénane - Direction Benoît Haller

La Chapelle Rhénane

"Une certaine flamme céleste brûle en eux. Le charisme de Benoît Haller est permanent, il s'attache en particulier à l'expressivité du texte comme de la musique. Mais alors que les ensembles d'Outre-Rhin (...) ont tendance à appuyer le sprech, Haller et ses complices en gomment la raucité et nous chantent un hochdeutsch assoupli et presque caressant."

George Masson, Le Républicain lorrain, 21 octobre 2007

Fondée en 2001 par le ténor Benoît Haller, la Chapelle Rhénane est un ensemble de chanteurs et instrumentistes solistes. L'équipe se consacre à la relecture des grandes œuvres du répertoire vocal européen. Son ambition est, par le biais du concert et du disque, de révéler dans ces œuvres l'émotion, l'humanité et la modernité propres à séduire un large public contemporain.

Tout comme les grandes cours d'Europe de l'époque baroque qui recrutaient leurs musiciens à travers le continent - un peu aussi à la manière des compositeurs qui n'avaient de cesse de voyager pour compléter leur formation et s'enrichir de nouvelles expériences - la Chapelle Rhénane profite de la position privilégiée de Strasbourg, ville carrefour, pour attirer des musiciens provenant de toute l'Europe.

Dirigée par Benoît Haller, également soliste dans l'ensemble, la Chapelle Rhénane s'est associée en 2003 à Jean-François Felter. Celui-ci apporte un soutien et des compétences à la fois artistiques et techniques. Grâce à ces spécificités, la Chapelle Rhénane apporte une interprétation musicale originale, sincère, pétillante et rigoureuse.

La Chapelle Rhénane bénéficie depuis quatre ans du partenariat du Couvent, Centre International des Chemins du Baroque de Saint-Ulrich à Sarrebourg, où l'ensemble effectue régulièrement des résidences. Le Couvent est directement lié au label discographique K617, avec lequel la Chapelle Rhénane a d'ores et déjà produit quatre disques. Outre un album dédié au Theatrum Musicum et aux Leçons de Ténèbres de Samuel Capricornus, trois autres ont été consacrés à Heinrich Schütz : Deuxième Livre de Symphoniæ Sacræ en 2004, Magnificat d'Uppsala et autres œuvres sacrées en 2006, et enfin Histoire de la Résurrection & Musikalische Exequien. Tous ces disques ont été accueillis avec enthousiasme par la presse spécialisée, recueillant au total quatre Diapason d'or, un Diapason d'or de l'année en 2007, deux 10 de Répertoire, un Choc du Monde de la Musique, et un Editor's Choice de Gramophone.

En avril 2008 paraît le cycle Membra Jesu Nostri de Dietrich Buxtehude, premier enregistrement live de la Chapelle Rhénane avec la Maîtrise de Garçons de Colmar (direction Arlette Steyer).

Depuis son essor en 2003, l'activité de la Chapelle Rhénane a ainsi été intimement liée à l'œuvre de Heinrich Schütz. C'est à travers ce compositeur que s'est forgé le son de l'ensemble, que de profondes empathies humaines ont vu le jour. En 2006 et 2007, la Chapelle Rhénane s'est produite dans les plus grandes salles françaises, telles que la Cité de la Musique à Paris, l'Arsenal de Metz, l'Opéra de Rennes, ou encore les festivals de Saintes, Sarrebourg, Ribeauvillé et Sablé sur Sarthe.

En 2003, la Chapelle Rhénane obtenait le Prix Européen de la Culture décerné par la Fondation Européenne de la Culture et le Forum Européen de la Culture, et en 2007 le prix musical de l'Académie des Marches de l'Est, remis par le chef d'orchestre Theodor Guschlbauer. La Chapelle Rhénane bénéficie du soutien du Ministère de la Culture et de la Communication - DRAC Alsace, de la Région Alsace, du Conseil général du Bas-Rhin, de la Ville de Strasbourg et de la Fondation d'entreprise Orange. L'ensemble est associé à la démarche pédagogique de la Fondation Royaumont - Centre de la Voix, où il est en résidence et élabore ses nouveaux projets.

www.chapelle-rhenane.com

Benoît Haller, directeur musical

La Chapelle Rhénane - Direction Benoît Haller La Chapelle Rhénane - Direction Benoît Haller

Après un premier cursus d'études musicales en Alsace, Benoît Haller étudie la direction d'ensemble musicaux auprès de Hans Michael Beuerle à la Musikhochschule de Fribourg en Brisgau, où il obtient en 1996 son diplôme supérieur avec les félicitations du jury. De nombreuses classes de maîtres auprès de personnalités telles que Eric Ericson, Pierre Cao ou Frieder Bernius viennent compléter la formation du jeune musicien. Parallèlement, de 1994 à 1997, il travaille le chant avec Hélène Roth à Strasbourg, puis à partir de 1997, il poursuit sa formation auprès de Beata Heuer-Christen (chant), Gerd Heinz (opéra) et Hans Peter Müller (mélodie) à la Musikhochschule de Freiburg, où il interprète en 2000 le rôle de Ferrando dans Così fan tutte de Mozart. En 2002, il incarne Albert Herring dans l'opéra éponyme de Britten.

Pendant ces années d'études, de nombreuses tournées avec des ensembles tels que le Collegium Vocale Gent de Philippe Herreweghe ou le Kammerchor Stuttgart de Frieder Bernius ont mené Benoît Haller à travers toute l'Europe, à Hong-Kong, en Australie, en Corée, en Ukraine et aux Etats-Unis.

Parmi ses enregistrements discographiques en tant que chanteur, on compte Les sept paroles du Christ de Schütz avec Akademia (Françoise Lasserre), l'Oratorio de Noël de Rosenmüller avec Cantus Cölln (Konrad Junghänel), des Cantates de Telemann avec le Balthasar Neumann Ensemble (Thomas Hengelbrock), les Vêpres de Mozart sous la direction de Peter Neumann, ou encore la Messe des Morts de Gossec (Jean-Claude Malgoire).

On le retrouve régulièrement sur la scène, plus particulièrement dans l'opéra baroque (Almira de Händel, King Arthur de Purcell). Il se consacre avec bonheur à l'interprétation de l'œuvres de Bach (passions et cantates), mais aussi à celle des grands oratorios classiques et romantiques (Mozart, Haydn, Mendelssohn, Berlioz).

Programmation Sinfonia en Périgord Festival 2008

Concert La rose des vents | Heinrich Schütz, Claudio Monteverdi, Marc Antoine Charpentier...

 Jeudi 28 août 2008 à 21h00

Abbaye de Chancelade

Concert La passion selon Saint Jean, Jean-Sébastien Bach

Samedi 30 août 2008 à 21h00

Eglise de la Cité, Périgueux

Rencontre Sinfonia | Benoît Haller, ténor, fondateur et directeur musical de La Chapelle Rhénane

Vendredi 29 août 2008 à 17h00

Centre Culturel de la Visitation, Périgueux